Petite scène banale du quotidien. Un peu d’herbe autour, quelques arbres, le bruissement de l’eau qui s’écoule langoureusement le long de la berge.

Des pépiements d’oiseaux, des piaillements d’enfants, et le rythme de la conversation qui ralentit au fur à mesure que l’après-midi s’avance.
Soudain un cri : une guêpe tourne autour nous.  Un claquement. Elle tombe raide à mes pieds.

_ »Pourquoi tu l’as tuée? elle n’allait rien te faire! »

_ »Ces sales bêtes ça ne sert à rien, et ça pique ».

Au delà du fait que les guêpes, sont pourtant très utiles à l’élimination des insectes nuisibles et des charognes, la réflexion de mon ami, fervent défenseur de la nature et végétarien par conviction me questionne.

Faut-il être utile pour avoir le droit de vivre?
Dans ce cas, peut on considérer que l’être humain est utile à l’éco-système et dans quelle mesure son existence sur terre est- elle légitime?

Amoureuse de la nature, du monde qu’elle propose, je suis également très soucieuse de l’humanité et de ses créations. Ainsi, j’aime l’art. Tout le monde aime l’art. Est-il utile pour autant? Faut- il l’éradiquer?

Ne sommes-nous, humains, mortels, que de simples prédateurs ?

predateur

L’autre question qui s’est instantanément soumise à moi était d’avantage de l’ordre de l’alignement spirituel.

Dans quelle mesure sommes nous alignés sur nos valeurs?

Mon ami végétarien, m’explique très souvent à quel point tuer des animaux pour son propre usage est contre nature : méthodes d’élevage,  de chasse, de pêche, qui ne laissent aucune chance à l’animal, surconsommation qui déséquilibre les systèmes de production, les cultures intensives, sans compter les effets sur notre corps d’une alimentation aussi acide.

Soit. Je  l’entends. Je le respecte.  Et je trouve ce choix de vie honorable et courageux. Je choisis moi aussi peu à peu, de limiter ma consommation de protéines animales, moins par conscience écologique que par confort biologique.

Cet ami si soucieux de ne plus porter atteinte à la vie des animaux en devant végétarien, souhaite « préserver la vie sous toutes ses formes ». Je me suis alors demandée jusqu’où il était aligné dans sa conviction.

Peut on souhaiter de tout son coeur « préserver la vie » et s’ériger en juge armé des espèces respectables?

Plus que ça : Peut on le souhaiter ardemment et mettre sa propre vie en danger en ayant des comportements qui portent atteinte à notre santé? (tabagisme, stress, prise de risques inconsidérés,…)

Je pousse le bouchon un peu plus loin,  Maurice, tu permets?

En 1936, un homme s’est positionné dans un combat idéologique de valeurs, emmenant avec lui des milliers d’hommes dans une guerre fratricide au nom d’une théorie raciale infâme. Le jeune Adolf était un homme plein de convictions, qui brandissait la valeur forte de l’unification des peuples, pour élever la civilisation, préconisant dans le même temps l’eugénisme des déficients et l’assimilation des sous-hommes.

Peut être avait il omis que le fondement qu’une grande civilisation était composée d’hommes se reconnaissant et se respectant entre eux ?

Je sais je vais loin, mais j’avais envie d’attirer ton attention, cher Maurice;

 

 Le marketing de valeurs : quand les entreprises ne s’alignent pas.

 

Afficher des chartes de valeurs est de bon ton en cette ère de conquête de sens.
Beaucoup d’entreprises affichent ainsi un ensemble de valeurs, le plus souvent décidées unilatéralement par le service communication.

Fleurissent donc des entreprises « Durables » qui oublient d’inscrire leurs décisions stratégiques dans la durée ou s’affranchissent totalement de 2 volets sur 3,  qui placent la « RSE » au coeur de leur fonctionnement en s’appuyant uniquement sur des normes Iso 14000 mais sans jamais s’intéresser aux chapitres « humain » et « sociétal »… sans parler des « washers ».  Ces sociétés qui affichent des opérations visibles « politiquement encouragées » pour masquer le fond de l’iceberg pas toujours très reluisant.

Ainsi, s’afficher développement durable, ou économie circulaire ou collaborative, n’est pas toujours le gage d’un alignement réel sur un socle de valeurs.

 

En tant que consommateur, observateur, ou salarié, que penser d’une entreprise « innovante » à la structure managériale hautement pyramidale, qui n’encouragerait pas les innovations créatives de fonctionnement en interne?

Que penser d’une entreprise qui prôné la « mixité, » alors qu’elle est positionnée sur un segment de marché dont les métiers sont avant tout genrés, ou nécessitent des diplômes accessibles à certaines catégories de population (coût financier, discrimination par l’origine à l’entrée de écoles etc…)?

And What about :

  • Respect (normalement dénué de toute hypocrisie, on y ajoute la transparence filtrante et voilà un merveilleux smoothie dans un shaker de mensonge)
  • Ethique (on regarde les comptes, les fournisseurs off shore et les cadeaux clients?),
  • Proximité (pas les 500m qui séparent le siège de la station RER hein…),
  • Satisfaction client (interne ou externe???? on en parle là tout de suite?)
  • Tolérance (au sein de la caste), Partage (à sens unique), Excellence, Responsabilité, Digital (huhu.. pardon) et valeurs de plastique.

 

Je crois que certains d’entre vous sont devenus un peu blêmes… mais, je vais insister encore un peu plus sur la zone douloureuse.

Valeurs et PME/Grandes Entreprises

La belle charte de valeurs affichée dans le hall d’accueil derrière le sourire ravageur, accrochée au dessus des écrans d’ordinateur, mise en avant sur le site internet en première page, distribuée aux prospects…

  • Qui l’a écrite?
  • Qui l’a validée? Approuvée?
  • Qui y adhère dans l’entreprise?
  • Qui l’incarne véritablement ?

Si elle est souvent rédigée en toute bonne foi, par le dirigeant lui même ou son équipe proche, comment s’assurer que l’ensemble de l’organisation se sente concerné, impacté, et l’applique ? Les relais phares de cette charte que sont les managers sont-ils eux même d’accord avec les mots employés?

Comment fédérer l’ensemble de la ruche autour d’une base solide, renforcer la cohésion autour d’une charte?

La seule et unique véritable manière d’aligner une entreprise sur ses valeurs est que chacun puisse adhérer honnêtement à un socle commun, cadré, simple, compréhensible et applicable.

A tous les niveaux de l’entreprise, il est important que la valeur affichée soit explicite et que son  périmètre soit défini. Essentiel qu’elle soit incarnée et expérimentée à tous les niveaux. Challenge de taille dans une organisation différentielle.

algnes en difference

 

 Valeurs et TPE

La situation est plus simple, puisque l’équipe est de facto réduite. Il est plus aisé pour un dirigeant de s’aligner sur ses valeurs et de transmettre cette énergie à son équipe. La difficulté des petites entreprises est totalement inverse à celle des grandes : les valeurs sont présentes, mais invisibles de l’extérieur;  Un travail de recentrage de la communication est parfois nécessaire, pour rendre l’entreprise plus attractive, et permettre aux acteurs de se repositionner et d’affiner leur réflexion.

 

Alignement et valeurs: une simple question de cohérence et d’authenticité?

 

Il est en effet question de cohérence entre les actes et les mots, entre le concret et le fantasme. D’authenticité également puisqu’il s’agit avant tout de ne pas se mentir.

Beaucoup se rêvent en acteur économique ou managérial idéal, brandable, bankable.
Peu envisagent la cohérence comme un véritable levier de croissance.  Pourtant, les clients (internes/externes) ne s’y trompent pas à long terme.

L’émergence fulgurante de la digitalisation est un accélérateur de tri pour les consommacteurs qui recherchent du sens, de l’authentique, et de la qualité. Les réseaux sociaux et la globalisation des échanges et des informations leur permettent de mettre les marques à l’épreuve, d’exercer des pressions de réputation, avec des incidences parfois financières.

Des valeurs partagées par tous améliorent le « vivre ensemble » et font tendre l’organisation vers la performance. Une véritable rupture est en train de se faire, qui guidera les entreprises alignées, cohérentes et authentiques vers le succès.

Sans jeter le bébé avec l’eau du bain, nous avons plus que jamais besoin de valeurs auxquelles nous rattacher, sans sombrer dans le dogme.

Et si cela semble compliqué, difficile, impossible de trouver l’alignement l’essentiel est d’y tendre avec honnêteté. La perfection n’est pas de ce monde, aussi, plutôt que de passer sous silence nos valeurs, ou plutôt que de rester inactif en se disant « à quoi bon », pourquoi ne pas simplement essayer de « faire de son mieux » pour chaque jour changer le monde en commençant la révolution des valeurs par l’alignement des individus vers le meilleur d’eux même?

 

 

AJOUT DU 14 MARS 2016 :

Entreprises : quelle place pour la charte éthique ?

Dans cet article, Frédéric Moulin, président du conseil d’administration de Deloitte France s’exprime sur la nécessité d’aligner la charte éthique de l’entreprise sur ses valeurs réelles, non pour protéger les responsabilités, mais pour mettre en place un socle cohérent et partagé par tous, dirigeants, salariés et clients.

Marketing de Valeurs : s’aligner pour performer

5 thoughts on “Marketing de Valeurs : s’aligner pour performer

  • 21 août, 2015 à 11 h 50 min
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    Un article qui pose les bonnes questions. Le paradoxe, voire les paradoxes sont légions dans les grands groupes qui fiers d’avoir obtenu leur ISO, ont un management désastreux. Je peux même ajouter à cela le DRH qui vous reçoit et vous brandit en étendard : « nous travaillons avec NQT (nos quartiers ont du talent) ! Ce qui signifie que nous ne discriminons pas et chacun a sa chance chez nous. A chaque fois que j’ai entendu cet argument (très personnalisé sur ma tête de maure), il n’était jamais appliqué. A l’heure du digital, le client peut tout savoir, obtenir et va chez la concurrence si bad buzz il y a. Même dans une TPE axée BTP en peine de recrutement pour ses contrats d’apprentissage, le déficit en communication et en acte est perceptible. Chère TPE, tu as besoin d’employés mais personne ne le sait. De facto si tu ne le dis pas, personne ne le saura. Les clients et talents ne sont équipés ni de boules de cristal, ni de BTS jeu de tarots, ni satellite espion. Alors un peu de cohérence !!!

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  • 10 septembre, 2015 à 10 h 00 min
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    Hello Gwenaelle,

    Il y aurait tant à dire sur le sujet. J’ai côtoyé de près une entreprise qui prônait des valeurs qui m’ont fait la rejoindre à l’époque MAIS qui avait un système pyramidal et qui décourageait toute initiative créative.

    Les valeurs c’est bien, c’est joli sur le site internet et le hall d’entrée mais si personne ne les incarne alors à quoi bon?

    Comme tu le dis si bien la perfection n’est pas de ce monde, alors cessons de vouloir être lisse et sans saveur pour être vrai et authentiquement imparfait et vivant :)

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  • 22 décembre, 2015 à 7 h 09 min
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    C’est vrai que beaucoup d’entreprises font du greenwashing pour augmenter leur CA. Heureusement, nous, consommateurs, sommes de moins en moins dupes, même si, pour certains les logiques de porte-feuille ne leur permettent pas toujours de s’aligner sur leurs convictions.
    J’aime beaucoup la citation de Gandhi « ma vie est mon message » je pense que chaque fois que l’on tend vers ce que l’on a envie de dire, faire, être, que l’on respecte son authenticité, on est sur la « bonne » voie de façon individuelle et ça peut aussi profiter au collectif.

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