Voyager…. partir au bout du monde. Oublier le quotidien, s’oublier un peu. Apprendre.

S’émerveiller, se perdre, se retrouver…. prendre du recul, relativiser. Grandir…

J’ai toujours aimé voyager, et du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours rêvé de voyager loin. Le Tour du Monde en 80 jours, Voyage au Centre de la Terre, Dune, Les Tribulations d’un Chinois en Chine, mais aussi les romans de Tolstoi, Dostoievski, Tahar Ben Jelloun, Pearl Buck, Fenimore Cooper  ou James Oliver Curwood... ces livres ont bercé ma tendre adolescence rêveuse et semé des graines d’envie de découverte.

J’aime dans le voyage, tant la découverte que la rencontre de l’autre. Chaque voyage m’a enrichie, et à chaque retour, je me sens neuve, pleine, et nostalgique. Car chaque pays devient mon pays. Chaque terre foulée reste collée sous mes pieds, chaque parfum s’imprime dans mon coeur à jamais. Je suis d’ici et de là, de chaque endroit qui cueille mes pas.

voyage 1

 Un rêve trop petit pour voyager.

Enfant, je m’imaginais globe-trotteuse. Et j’avais fait le choix fou de faire des études de droit international afin de pouvoir intégrer des consulats, des ambassades… puis j’ai bifurqué sur le commerce international avec le rêve d’aller signer des contrats à l’Est, au Sud, de l’autre côté du monde. Et mon rêve était bien petit : un bureau en haut d’une tour de la Défense, des tailleurs noirs, chignon et Stilettos, et des avions.

En fait, j’ai commencé ma carrière comme assistante commerciale, en haut d’une tour de la Défense, dans la grisaille, derrière un bureau minuscule.
Des voyages? ah oui, Genevilliers (grande classe non? ), Lille, Nantes, Lyon…. dont je n’ai aperçu que les gares, les taxis et les hôtels.

Il était loin mon rêve… MAIS

La circonvolution

Mais, dans mon petit bureau gris sous les néons,  au coeur de la start-up, j’ai découvert la chaleur de l’équipe, et  la valeur du service client humanisé. Le plaisir de rendre service, de répondre aux besoins de l’autre, au vrai besoin non formulé.  Et dans ce goût de l’autre, je suis passée à la formation, à la gestion de service clients, au marketing… et j’ai voyagé…. vers la sortie, de démissions fulgurantes pour du toujours plus, en licenciements économiques à la chaîne.

De poste en poste, j’ai gagné plus, j’ai travaillé plus, j’ai managé plus, j’ai rencontré plus.. j’ai porté mes tailleurs, mes chignons, mes Stilettos... mais de voyages.. à part le RER A, et finalement l’axe Marseille, Bruxelles…. POINT.

Alors j’ai cassé ma tirelire, pour découvrir le monde, l’Europe, l’Afrique, les Caraïbes. Je suis revenue bronzée. Mais toujours pleine de questions existentielles et de pourquoi.

Pourquoi tant de différences? Pourquoi ne voyons nous pas comme nous sommes biens en France ? et d’autres questions plus intimes, plus religieuses ou spirituelles : pourquoi Dieu donne-t-il l’abondance aux plus riches et retire t il l’eau aux plus démunis? pourquoi certaines âmes s’incarnent dans des pays qui me paraissaient tellement difficiles…pourquoi…pourquoi…. et pourquoi..  (chut, tais toi tu nous fatigues!!!)

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Finalement, voyager loin ne faisait jamais que me rapprocher de mon centre. 

Et puis,  de porte de sortie en porte de sortie, voyager est devenu compliqué, trop cher. Même dans les entreprises on préférait les réunions par écrans interposés….

J’ai découvert la France, dans tous les sens, surprise de ce patchwork de cultures, ravie de cette richesse et de cette variété.

J’ai commencé à voyager de plus en plus prés de chez moi. Pourquoi viser la lune, quand sa propre région recèle tant de merveilles? Et pourquoi aller chercher le dépaysement quand il me suffit de sonner chez les voisins pour qu’ils me partagent leurs expériences de chez eux? De leurs pays d’origine, de leurs racines d’origines?

Voyager prés me rapprochait des autres. 

Dans la rencontre de l’AUTRE j’ai appris à voyager autrement : par les mots, les traditions. J’ai voyagé dans les livres, dans les peintures, les films, les photos… dans le regard des enfants de l’école maternelle. J’ai voyagé dans les idées, les concepts, dans les livres, les expos, sur internet.

Ce rêve là n’est-il pas plus grand et plus haut que mes Stilettos?

Un jour j’ai décidé d’être ma propre arche et de larguer les amarres : je suis devenue chef d’entreprise. Tu parles d’un voyage!!!  l’inconnue totale, la destination insoupçonnée, l’horizon qui s’éloigne à mesure qu’on s’en rapproche.. le dépaysement absolu (oui, être chef d’entreprise dans un monde de salariés, ça peut avoir un certain piquant.)

Et j’ai choisi un travail hyper sédentaire, derrière un écran, dans lequel je me déplace rarement… consultante web ! il est loiiiiiiiiiin mon rêve (rêve rêve rêve… répète l’écho dans ma tête).

Internet, ma passion, mon gagne pain, ma fenêtre ouverte sur le monde. Sur LES mondes. Et pourtant, je voyage. Je travaille avec des clients partout en France et dans le Monde. Assise dans mon fauteuil en cuir, j’ouvre l’écran de mon portable, et me voici au courant de toutes les météos, à découvrir des cultures, des usages, et …. des personnalités profondes.

Ne plus voyager me fait traverser l’espace et le temps.

Le plus beau voyage que j’ai fait, a commencé il y a 6 ans. J’ai monté 2 étages pour rencontrer ma voisine. Une honorable sexagénaire qui donne des cours de peinture. Elle vit en région parisienne depuis toujours. Elle voyage peu….  mais elle m’a ouvert la porte du plus merveilleux périple qui puisse exister: l’expédition intérieure

Pratiquante de la Soka Gakkai (創価学会littéralement « Société pour la création de valeurs », branche du bouddhisme laïque japonais), elle m’a invitée à venir pratiquer chez elle, chaque lundi soir des méditations et des récitations de mantra japonais. J’ai plongé dans les profondeurs de l’impermanence, j’ai gravi les pentes abruptes du Sansara, j’ai poussé ma roue de Dharma avec patience, pour transcender mon Karma… bref. J’ai voyagé de plus en plus loin, de plus en plus longtemps à l’intérieur de moi.

Ces pérégrinations ne prendront fin qu’à ma mort, car c’est un voyage sans fin, un périple vers « un pays où on n’arrive jamais« . J’emprunte à André Dhôtel cette belle expression, allégorie imagée et pleine de vérité de ce voyage intérieur.

Au début de cette expédition dans les profondeurs de mon être, j’étais cette promeneuse impatiente et enfantine qui demandait : « c’est quand qu’on arrive? c’est quand qu’on arrive? c’est quand qu’on… »

Et de la sagesse de l’Orient, je me tourne vers le Chamanisme amérindien, je fais une boucle vers la Judée, je redescends chez les Griots Africains…. à la recherche de mon unicité, de mes racines d’ange incarné.

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Et avançant de plus en plus loin vers cette lumière, pleine de clairs-obscurs, je me dépouille du superflu et je comprends que la destination n’est pas si importante. Que l’essentiel est de parcourir le chemin, ici et maintenant,avec attention et vigilance.  Que la part la plus belle de ce voyage est la vie elle-même, la joie et la gratitude de tomber, de me relever, et de marcher encore et encore à la rencontre de cette personne merveilleuse qui sommeille en moi.

Dans ce voyage intime, je découvre que mes espaces sont plus vastes que les étendues physiques qui m’entourent. Alors, je laisse émerger mon besoin de frugalité, de simplicité, et je m’aligne, enracinée profondément dans la vie, éveillée très haut vers mon intuition.

De ce périple intime je ramène des souvenirs, des concepts, des idées novatrices et créatives, que je partage avec les autres, dans la joie de l’échange.

Et quand ces autres ouvrent à leur tour leurs albums photos de safaris du sur-moi, alors….. je me dis que la réalité a dépassé mon rêve.

 

Aujourd’hui, je ne porte plus de talons hauts, plus de tailleurs, et si je rêve encore de voyager, c’est dans une quête de sens : j’y cherche davantage de profondeur, de spiritualité, mais surtout, des rencontres d’âme à âme. Inde, Népal, Tibet, Japon.. et pourquoi pas Dourdan, Reims, Saint Guilhem le Desert?

« Il n’y a que les routes qui sont belles
et peu importe où elles nous mènent,
on ira,.. « 

JJG.

Pour écrire cet article, j’ai emprunté le titre à Baudelaire, dont vous trouverez toute la poésie, dite avec excellence et sensibilité par Pierre François Kettler : L’invitation au voyage. Ce qui m’a inspirée? J’étais cette semaine à La Défense pour une journée de conférences, j’ai pu remarcher sur les traces de la Gwenaëlle de 24 ans, et je crois avoir croisé son ombre rêveuse en haut des marches de la grande Arche. Quelle belle rencontre que de se revoir 15 ans en arrière…

 

voyage intérieur

Merci de m’avoir lue, et d’avoir partagé avec moi cette étape de Compostelle personnelle…. maintenant, je suis curieuse de connaître votre plus belle destination. Vous m’envoyez une carte postale?

L’invitation au voyage

10 thoughts on “L’invitation au voyage

  • 5 décembre, 2014 à 10 h 39 min
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    Ma plus belle destination, ce sont mes écrits et mon imagination…

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  • 5 décembre, 2014 à 10 h 47 min
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    Chère Gwenaëlle,
    Quand le voyage a la même empreinte que les mots que l’on pose…
    Je t’écris de chez moi, mon intérieur, où je ravive un soleil qui rase l’horizon en cette saison. Dehors, le gris envahi chaque parcelle du tableau, dedans, les couleurs fusent et la chaleur berce. Comme pour toi, l’écriture trace pour moi le chemin du voyage.
    Merci pour ce partage haut en distance ! Bien à toi…
    Nathalie

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  • 5 décembre, 2014 à 11 h 18 min
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    Un très beau texte. En ces temps de grisaille je pense à une destination ensoleillée que je connais bien. Je voyage à travers ma plume et j’emmène du monde avec moi.

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  • 5 décembre, 2014 à 11 h 36 min
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    j’ai redécouvert le sens des valeurs pures auprès des ventres vides ! : c’est de moi cadeau en remerciement de ton article.

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  • 5 décembre, 2014 à 12 h 24 min
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    « Voyager loin ne faisait jamais que me rapprocher de mon centre » : oh que oui !

    Peut-être parce qu’en voyage, tous nos sens sont en éveil et notre mental « relâché ». Alors en découvrant de nouveaux horizons (et pour moi les horizons ne sont pas que des lignes entre ciel et terres mais aussi des hommes, des femmes et des enfants avec lesquels on se rend compte qu’il n’y a pas de frontières), on peut se découvrir soi.

    La vie ne serait-elle pas un voyage ? Et le voyage la vie ?

    Il n’y pas besoin d’aller loin pour voyager, merci de nous le rappeler

    A bientôt

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    • 17 décembre, 2014 à 12 h 30 min
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      A toi la globe trotteuse qui est en train de faire le plus beau des voyages intérieurs….. :)

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  • 8 décembre, 2014 à 9 h 33 min
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    Quel beau voyage ! Merci pour cette belle aventure en terre intérieure !
    Mon voyage ? … il est en cours, et merveilleux ! C’est mon voyage intérieur, où je me découvre et me retrouve, un voyage où je croise du monde, des belles personnes, où je partage, j’échange, j’écoute, je suis écoutée … et où l’amour grandit jour après jour.
    C’est un beau voyage !

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