Vous êtes nés ensemble et ensemble vous resterez à jamais.
Vous resterez ensemble quand les ailes blanches de la mort dissiperont vos jours.
Oui, vous resterez ensemble jusque dans la mémoire silencieuse de Dieu.
Mais laissez des espaces dans votre unité.
Et laissez les vents célestes danser entre vous.

Aimez-vous l’un l’autre, mais de l’amour ne faites pas des chaînes:
Qu’il soit plutôt une mer se mouvant entre les rives de vos âmes.
Remplissez vos coupes l’un pour l’autre mais ne buvez pas dans une seule coupe.
Donnez-vous du pain l’un à l’autre mais ne mordez pas dans le même morceau.
Chantez et dansez ensemble, et soyez joyeux, mais que chacun puisse être seul,
Comme sont seules les cordes du luth alors qu’elles vibrent d’une même musique.
Donnez vos cœurs, mais pas à la garde l’un de l’autre.
Car seule la Vie peut contenir vos cœurs dans sa main.
Restez l’un avec l’autre, mais pas trop près l’un de l’autre :
Car les piliers du temple sont éloignés entre eux,
Et le chêne et le cyprès ne poussent pas dans l’ombre l’un de l’autre. »

Extrait du livre « Le Prophète » de Khalil Gibran

temple

Le Couple – Khâlil Gibran

2 thoughts on “Le Couple – Khâlil Gibran

  • 20 octobre, 2015 à 16 h 42 min
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    Cela me fait aussi penser à la métaphore des porc épics de SCHOPENHAUER dans Parerga et Paralipomena.

    “Par une froide journée d’hiver, un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’éloigner les uns des autres. Quand le besoin de se chauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de façon qu’ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux souffrances, jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendit la situation supportable. Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur propre intérieur, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses qualités repoussantes et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau. La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières.”

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